Live chat du « Quotidien »

Agnès Buzyn aux médecins : « Vous pouvez compter sur moi pour vous accompagner »

Publié le 17/10/2018
Buzyn Agnès

Buzyn Agnès
Crédit photo : S. Toubon

La ministre de la Santé était dans les locaux du « Quotidien », mercredi 17 octobre, pour participer à un live chat. Pendant près d’une heure, Agnès Buzyn a répondu aux questions des internautes abordant de nombreux sujets : conditions de travail à l’hôpital, réforme des études de santé, tiers payant généralisé…

Live chat avec Agnès Buzyn

Journaliste QDM (SL)
Bonjour à toutes et à tous.
Nous avons reçu plus de 400 questions pour la ministre de la Santé. Un record !
De nombreux thèmes seront abordés durant ce live chat : exercice libéral, conditions de travail à l'hôpital, réforme des études de santé, tiers payant généralisé, place des médicaments génériques, simplification administrative, condition de travail des internes...
 
danzel
Je vois bien que vous meublez, là, toujours pas là, Mme Buzyn ?
Journaliste QDM (SL)
Un peu de patience. Elle est sur le chemin. La ministre assistait à la séance de questions au gouvernement cet après-midi !
Journaliste QDM (SL)
Agnès Buzyn vient d’arriver dans les locaux du « Quotidien ». Elle répondra bientôt à vos questions en direct. Merci à toutes et à tous de votre patience.Live chat avec Agnès Buzyn
 
Journaliste QDM (SL)
Bonjour Agnès Buzyn. Merci d’avoir accepté notre invitation.
Agnès Buzyn
Très heureuse de l'exercice et j'espère que cela sera constructif et je que vais pouvoir répondre à toutes vos questions.
Journaliste QDM (SL)
On rentre tout de suite dans le vif du sujet avec plusieurs questions sur l’exercice libéral en solo
 
-- Pourquoi dénigrez-vous les
Pourquoi n'encouragez-vous que les cabinets de groupe ? Je suis installé seul depuis 30 ans et pour rien au monde je rejoindrai un cabinet de groupe. Vous devez encourager tous les Médecins, de la même façon, qu'ils soient seuls ou en groupe. L'important c'est qu'ils s'installent. Et pourquoi laisser s'installer un Médecin dans une zone où il n'en manque pas ?
 
-- PABK
vous avez exprimé le désir de voir disparaitre les médecins isolés à l'horizon 2022 Souhaitez vous que les 60% de médecins à exercice solo déplaquent immédiatement Avez vous l'intention de les indemniser s'ils partent avant la retraite ?
Agnès Buzyn
On a travaillé la question de l'exercice coordonné avec les syndicats médicaux et les étudiants. Un exercice coordonné qui permet de s'organiser autour de parcours complexes améliore la qualité de vie des professionnels et du parcours de soins.

C'est pourquoi nous souhaitons promouvoir cet exercice à l'avenir sans interdire évidemment l'exercice isolé. D'autant plus que certaines zones ne favorisent pas le regroupement de professionnels.

Mais nous souhaitons que l'exercice isolé soit une exception à l'avenir et nous allons renforcer toutes les aides aux coopérations interprofessionnelles et à l'exercice coordonné, qu'il soit dans le même lieu (MSP, centre) ou en réseau (CPTS).
Dr Ménard
Madame, expliquez-moi comment, avec une consultation à 25 €, un médecin peut-il payer un local digne du nom de cabinet en Région parisienne ?
Agnès Buzyn
Il y a la problématique du prix des locaux en Région parisienne, qui est bien connue et qui explique la problématique de l'installation des médecins généralistes à Paris aujourd'hui. Nous souhaitons y répondre par des aides et du soutien spécifiques. Les élus locaux se mobilisent aussi pour aider les professionnels qui s'installent. Nous travaillons le sujet avec l'ARS Ile-de-France.
Doc
A quand un tarif de consultation au même niveau que la moyenne européenne, c'est-à-dire 40 euros ?
Agnès Buzyn
Nous pensons revaloriser l'exercice médical grâce à des tarifications innovantes plutôt qu'augmenter la tarification à l'acte qui favorise dans certains cas des actes inutiles. Ces tarifications innovantes font l'objet d'expérimentations venant des professionnels eux mêmes (forfait de prise en charge pour des parcours de soins, prise en compte des missions de prévention et d'éducation thérapeutique, etc.).
PABK
Croyez-vous vraiment que la création du métier d'assistant médical soit une bonne idée ? Quand nous avons de quoi les payer, nous avons déjà des salariés qui nous aident : secrétaires, infirmières, orthoptistes, devrons-nous travailler plus pour gagner autant et financer cette profession créée artificiellement pour avoir l'air de faire quelque chose ? On manque de médecins ? Créons des assistants médicaux, c'est le même raisonnement que les MSP.
Agnès Buzyn
Nous avons répondu à une demande insistante et commune de tous les syndicats représentatifs des médecins, qui estiment que les médecins n'ont pas assez de temps dédié à la médecine par rapport au travail administratif.

L'objectif est de décharger les médecins d'environ 15% de temps de consultation dédié à la vérification du dossier médical ou à la prise de certaines constantes, afin que les médecins puissent prendre plus de patients en consultation. L'aide au financement des assistants médicaux fait l'objet d'une négociation conventionnelle et sera pris en charge par l'Assurance maladie dans le cadre du plan. Vous êtes le premier à ne pas adhérer à cette demande...
Dr Marty ULFMS
Comment les médecins pourront-ils financer un poste d'assistant une fois les subventions de l'Assurance maladie stoppées (annoncées à un an non reconductible par Nicolas Revel sur France Info) ?
Agnès Buzyn
Tout cela est en cours de négociation entre les syndicats et l'Assurance maladie. L'idée n'est pas de faire perdre de l'argent aux médecins ni de créer une nouvelle profession mais bien d'aider le corps médical à se recentrer sur son métier. C'est tout l'objectif du plan.
isabelle
Pensez-vous changer le statut catastrophique des praticiens attachés à l'hôpital ? Pourquoi vouloir faire des médecins de 2e zone, moins bien payés, sans retraite digne ? C'est un scandale qui ne fait pas beaucoup de bruit mais qui est indigne de l'Etat.
Agnès Buzyn
Ce statut est supprimé dans la réforme puisqu'il n'y aura plus qu'un seul statut de PH. Nous gardons le statut mais supprimons le concours de PH qui est en réalité factice.
Journaliste QDM (SL)
Deux questions sur l'attractivité des hôpitaux :
 
-- Doudou
comment attirer et fideliser les jeunes médecins dans les filières si déficitaires à l'Hôpital (Anesthésie-réanimation...) Quelles sont les mesures d'attractivité qui peuvent faire concurrence aux autres établissements (PSPH et privés)?
 
-- pierre F
comment comptez vous améliorer la carrière des PH, surtout des jeunes afin d'éviter qu'ils fuient les hôpitaux?
Agnès Buzyn
Dans le plan Ma santé 2022, cette question de l'attractivité des carrières des praticiens hospitaliers a été travaillée avec les professionnels. Ils aspirent à une meilleure reconnaissance de leurs différentes missions (administrative, enseignement, recherche clinique ou autre), qui seront donc valorisés financièrement.

Nous autoriserons aussi dans les contrats de PH des exercices mixtes ville/hôpital dont le temps dédié sera négocié dans les contrats par la direction de l'hôpital en fonction des besoins.

Il pourra y avoir également des médecins contractuels qui exerceront au sein des hôpitaux en veillant cependant qu'ils n'exercent pas de fonctions administratives et que cela ne représente pas plus de 20% du temps médical au sein de l'hôpital. Tout cela est encore en discussion puisque la réforme fera l'objet d'une loi dédiée en 2019.
Journaliste QDM (PT)
Comment madame la ministre pense-t-elle que les équipes de soins dans les hôpitaux publiques puissent résister encore longtemps au laminage permanent depuis une dizaine d'années ? Budgets à la baisse permanente, recrutement nul, médical et paramédical, salaires de misère et réglementations toujours en hausse sur des exigences de qualités calquées sur les grilles d'évaluations de productions industrielles ? Je suis pédopsychiatre et tout cela me lasse à un point inimaginable ! J'ai la ressource de quitter le petit bateau (CH de province) qui va couler, sous la bénédiction des administrateurs, des financeurs et de l'Etat.
J'irai en libéral, mais quel gâchis de compétences et surtout pour les populations qui vont rejoindre celles du tiers monde, sur le plan sanitaire et social ! Est-ce que c'est votre objectif ?
Agnès Buzyn
Deux points sur lesquels je souhaite vous répondre. Sur la situation catastrophique de la pédospychiatrie française, qui a été une spécialité abandonnée. Huit régions françaises n'ont plus d'enseignants et ne forment plus d'internes, alors que les besoins sont immenses et que nous devons traiter les problèmes de santé mentale à la racine.

J'en ai fait ma priorité en arrivant au ministère en demandant à tous les doyens de créer des postes afin que nous puissions former des internes. Il y a également le problème de la valorisation des consultations de pédopsychiatrie dans le secteur libéral qui de fait n'est pas attractif. Enfin, certaines régions manquent de lits d'hospitalisation. Tout cela fait l'objet d'une priorité.

D'autre part, vous m'interrogez plus largement sur le budget en baisse des hôpitaux et l'absence de recrutement. C'est cette paupérisation débutée dans les années 2000 qui m'a amenée à proposer une réforme d'envergure de notre système de santé, afin de mieux structurer l'offre de premier recours et de recentrer les hôpitaux sur leur valeur ajoutée en assumant la gradation des soins. Il faut toutefois que vous sachiez que contrairement à ce que l'on ressent dans les hôpitaux, le nombre de fonctionnaires de la fonction publique hospitalière augmente tous les ans de 1,5% pour atteindre 1,2 million de fonctionnaires aujourd'hui. Car en réalité, il y a des établissements qui se créent.
chirurgien
Pourquoi le prix des actes chirurgicaux est-il bloqué depuis 26 ans ?
Agnès Buzyn
Je ne suis responsable que des 17 derniers mois ;-)

Nous avons une réflexion générale sur la cotation des actes. Cela dit, je souhaiterais valoriser la pertinence des actes plutôt que les actes eux-mêmes, car nombre d'actes chirurgicaux sont inopportuns dans certaines régions et certaines indications. Il y a trop d'inégalités territoriales qui ne s'expliquent pas aujourd'hui.
Journaliste QDM (PT)
Bonjour Mme Buzyn.
Si j'ai bien compris, il est question dans votre réforme de renforcer la légitimité des services hospitaliers comme c'était avant la mise en place des pôles dans les hôpitaux, ce que j'approuve totalement. Comment pensez-vous y arriver et dans quel délais ?
merci d'avance pour votre réponse.
Agnès Buzyn
Cela répond effectivement à certaines conséquences de la loi HPST (Bachelot), qui ont éloignées des lieux de décision (pôles, cadres de soins) de l'unité de soins, qui est en réalité le service. Je souhaite qu'il reprenne toute sa place. C'est là où se fabriquent les bonnes pratiques professionnelles, où se discutent les dossiers compliqués. Cela fera l'objet d'un article dans la future loi qui accompagnera la réforme.
Journaliste QDM (SL)
Live chat avec Agnès Buzyn
 
Journaliste QDM (SL)
De nombreux internautes nous font part de leur inquiétude sur la réforme de la PACES...
 
-- valmar
qu'en est il des étudiants qui feront leur rentrée en PACES en septembre 2019? y aura t il une période de transition entre la PACES actuelle et le numerus apertus? les étudiants motivés qui auront epuisé leurs chances de reussite aux concours de 2019 et 2020 auront ils la possibilité de profiter du nouveau systéme en obtenant une dérogation?
Agnès Buzyn
Cette question est plus que légitime et je la comprends alors que nous annonçons une réforme d'envergure.

Il faut bien commencer un jour et cette réforme s'appliquera pour la génération 2020. Pour autant, nous sommes en train de travailler avec les syndicats étudiants sur la mise en œuvre concrète de la réforme qui fera l'objet d'un texte de loi en 2019. Cette question de la transition en fait partie.
Journaliste QDM (SL)
Autre sujet d'inquiétude : la réforme des épreuves classantes nationales informatisées (ECNi)
 
-- Amélie
Bonjour, Concernant la réforme de l'ECNi, pourriez-vous nous l'expliquer EN DÉTAILS ? Date de mise en place, conditions de l'ecn, mode d'évaluation du parcours de l'étudiant, de l'évaluation clinique, etc ? Nous aimerions savoir à quoi nous attendre et ne pas servir de promotion crash-test au vue du nombre important de réformes que vous menez en même temps à propos des études de santé.
 
-- CelineLaga
Bonjour Mme. Buzyn,Quand nous donnerez-vous une information concrète sur les modalités de la suppression des ECNi ?
Agnès Buzyn
Bien sûr. Vos syndicats étudiants sont parfaitement informés car ils travaillent ces réformes avec nous.

Les ECN seront remplacés par 3 types d'évaluation : une évaluation sous la forme d'un examen où il sera demandé aux étudiants d'avoir la moyenne (contrairement à l'ECN actuel), associée à une évaluation des capacités cliniques. Enfin, les spécificités de parcours (stage à l'étranger, médecine humanitaire, participation à une association prenant en charge les personnes âgées par exemple) seront intégrées à l'évaluation globale de l'étudiant permettant l'adéquation entre les stages d'internes proposés et les désirs exprimés.

C'est donc un modèle mixte, plus qualitatif, qui évitera le bachotage des trois dernières années et qui permettra de vérifier que tout le monde a les capacités d'exercer la médecine.
Journaliste QDM (SL)
De nombreuses questions sont arrivées sur la situation des praticiens à diplôme hors Union européenne (PADHUE)
 
-- Manubenou
Qu’en est-il de la solution pérenne promise pour 2018 aux 4000 padhue afin qu’ils puissent valider leur acquis d’expérience et avoir accès à une pratique non dérogatoire?
 
-- medlila
Bonjour madame la ministre:Je suis un médecin à diplôme hors union européenne, Je travail en tant médecin coordonnateur, j'ai des projets mais à chaque fois je butte contre un mûr car je ne suis pas encore inscrite au conseil de l'ordre en France.Est ce que vous aviez des solutions pour les médecin étranger dans votre programme?Merci de nous rapporter une réponse rassurante.
Agnès Buzyn
Je cherche une réponse précise, je reviens vers vous dans un instant.

L'accompagnement de ces médecins étrangers ou à diplôme étranger nécessite un texte de loi. Nous attendons donc la loi de santé 2019. Nous y travaillons.
Journaliste QDM (PT)
La souffrance aux travail est un véritable problème de santé publique, particulièrement important chez les soignants, mais aussi en augmentation constante dans la population générale, responsable aussi d’une augmentation des prescriptions d’arrêt de travail en nombre et en durée. Quelles mesures concrètes proposez-vous de manière préventive mais aussi pour faire appliquer la loi qui précise que les employeurs sont responsables de la santé physique et psychologique de leurs employés ?
Agnès Buzyn
Il y a deux sujets dans votre question, qui font tous deux l'objet d'une attention particulière.

Premièrement, la santé des soignants, pour laquelle je viens de créer l'observatoire de la qualité de vie des soignants avec un groupe de travail dédié qui doit me faire des propositions d'amélioration, sous la responsabilité du Pr Colombat.

Deuxièmement, la question de la santé au travail et plus précisément de l'augmentation des arrêts de travail. Cela a fait l'objet d'une polémique cet été car il avait été évoqué la responsabilité des entreprises. Nous avons beaucoup travaillé avec les partenaires sociaux depuis deux mois sur les pistes de meilleures prises en charge des conditions de travail des salariés par certaines entreprises, sur la responsabilité des citoyens, et sur une meilleure information des médecins au sujet des recommandations d'arrêts de travail. Tout cela est encore en négociation et un rapport me doit être remis d'ici à la fin de l'année.

La députée Charlotte Lecocq nous a rendu à Muriel Pénicaud et moi-même un rapport sur l'évolution de la médecine du travail. Tout cela fait aujourd'hui l'objet de négociations avec les partenaires sociaux qui se sont emparés du sujet à juste titre. Tout le monde souhaite une amélioration des conditions de travail des salariés.
Journaliste QDM (SL)
Live chat avec Agnès Buzyn
 
DOUDOU
Où en est le tiers payant sur la part obligatoire pour tous les assurés et le tiers payant intégral ?
Agnès Buzyn
Sur la part obligatoire (AMO), le tiers payant est simple et il est d'ailleurs obligatoire pour certaines catégories d'assurés (CMU, CMU-C, ALD, femmes enceintes, etc.). La montée en charge du dispositif est satisfaisante, puisqu'elle atteint 85% des consultations.

Sur la part complémentaire, j'étais revenue en arrière suite aux annonces de Marisol Touraine car le dispositif n'était pas opérationnel à la date de mise en œuvre du tiers payant généralisé. Je suis aussi revenue sur le caractère obligatoire. Mais je compte sur les médecins une fois que le dispositif sera fonctionnel et facile pour une montée en charge progressive afin qu'aucun citoyen français ne renonce à des soins en raison d'une avance de frais, qu'il ne pourrait pas faire.
Journaliste QDM (SL)
Plusieurs questions sur les conditions de travail des internes :
 
-- Mbo
Que comptez vous faire contre l'exploitation des internes qui doivent faire leurs gardes, avec 2h de sommeil grand max, sans repos de garde, et qui font des journées de 35h voir plus avec la possibilité d'enchaîner avec encore garde ? Comment, dans ces conditions, assurer que les internes soient en pleine possession de leurs moyens pour soigner les malades justement ?
 
-- PABK
trouvez vous normal que les droits du travail soient systématiquement bafoués dans les CH quand il s'agit des externes et des internes : gardes sous payées ou non payées (ex CHU Rennes) absence de repos compensateur
Agnès Buzyn
Il peut arriver qu'on ne dorme pas pendant une garde. C'est inhérent à la fonction d'être de garde. Par contre, tout ce que vous décrivez par ailleurs est hors la loi. Il faut donc faire en sorte que l'hôpital applique la loi.
Jakez
Il y a une très grand souffrance des personnels hospitaliers, qui se traduit régulièrement par des actes désespérés. Tout le monde s'en émeut puis passe à autre chose jusqu'au drame suivant. Quelles mesures concrètes comptez-vous prendre pour que cette spirale infernale cesse ?
Agnès Buzyn
Je suis très attentive à la qualité de vie au travail des personnels hospitaliers et des étudiants qui sont particulièrement touchés eux aussi (cf. question précédente sur l'observatoire et le groupe de travail). Par ailleurs, chaque acte désespéré fait l'objet d'une enquête interne, parfois externe. Le médiateur Edouard Couty fait parfois des audits dans certains établissements, et nous prenons les décisions qui s'imposent quand la responsabilité des conditions de travail est engagée. Cependant, il faut bien avouer qu'avec une fonction publique hospitalière de plus de 1,2 million de salariés, il existera toujours statistiquement des risques. Ce qui compte pour moi, c'est que chaque cas fasse l'objet d'une enquête et tout ce qui peut être fait en préventif le soit.
J.G. Psychiatre
Vous reconnaissez que la psychiatrie est le parent pauvre de la médecine et vous assistez à un mouvement de grève dans plusieurs CHS. Cependant, vous avez déclaré que l'amélioration des soins en psychiatrie n'était pas seulement une question de budget. Qu'entendez-vous par là ? Quelles mesures concrètes pour que la France ne devienne pas un désert psychiatrique tant dans le secteur libéral (en perte d'attractivité avec moins 20% de psychiatres à Paris et une déshérence marquée de la pédopsychiatrie) que dans le secteur public ? Comment envisagez-vous une amélioration de la qualité des soins et des difficultés des patients hospitalisés pointées par les contrôleurs des libertés sans présence suffisante de psychiatres et de soignants, de centres de crise, de lits de structures extra-hospitalières pour traiter ces patients ; donc sans moyens supplémentaires ?
Agnès Buzyn
Vous le dites vous-même. Le nombre de psychiatres est aujourd'hui insuffisant. Beaucoup d'hôpitaux ont des postes ouverts mais n'arrivent pas à recruter. C'est en cela que je dis que ce n'est pas une question budgétaire, même si des investissements doivent être faits dans certains CHS.

J'ai donc prévu que tous les médecins généralistes aient un stage dédié à la santé mentale, afin qu'ils soient en capacité de mieux prendre en charge les patients. Je crée des infirmiers en pratique avancée (IPA) en psychiatrie dès la rentrée 2019 pour renforcer les accompagnements de soignants dans les CHS. Je crée des postes d'enseignants en pédopsychiatrie dans les régions qui n'en sont plus dotées. Et je finance dès cette année des postes supplémentaires de chefs de clinique.

Enfin, dans le plan Ma santé 2022, des investissements immobiliers sont prévus pour ces établissements. Je vous suggère de lire ma feuille de route pour la santé mentale, présentée aux acteurs en juin 2018, pour avoir la totalité des actions.
onycroit
Pourquoi n'acceptez-vous pas de rembourser tous les médicaments sur la base du générique le moins cher pour permettre ainsi de laisser choisir les patients entre substituable ou non substituable sans faire intervenir les médecins qui en ont marre d’être en porte-à-faux ?
Agnès Buzyn
La loi de financement de la Sécurité sociale que nous voterons cet l'automne (PLFSS) prévoit un remboursement de tous les princeps au prix du générique dès lors qu'il n'y aura pas la mention non substituable (NS) justifiée médicalement. Un groupe de travail de professionnels est en cours pour définir ce qui est justifiable, en termes de non substitution.
Docdoc
Depuis plus de 10 ans il est admis la nécessité de simplifications des tâches administratives concernant les médecins traitants. Et pour autant elles n'ont cessé de croître en lien notamment avec, et paradoxalement, la dématérialisation des saisies qui profite surtout à l'Administration, puisque nécessité de sécurisation, d'entrées itératives de codes, confrontations à des mises en page douteuses plutôt qu'un copier-coller des documents papiers, sans parler des soucis de compatibilité avec les logiciels métiers, ou de connexion, mais aussi persistance dans les certificats médicaux types de données à renseigner qui n'ont rien ou si peu de médicales, exemple grille GIR, et dont la redondance use les meilleures volontés. Êtes-vous en capacité de nous annoncer, là, maintenant, une vraie mesure de simplification ?
Agnès Buzyn
A vous lire, une seule mesure ne suffira pas !

Mais bien sûr, la simplification des tâches administratives fait l'objet d'une attention particulière. Dans le plan d'accès aux soins qui vise à renforcer l'offre de premier recours, notamment dans les déserts médicaux, les délégués vont sur le terrain (la sénatrice Elisabeth Doineau, le député Thomas Mesnier, la médecin généraliste Sophie Augros) et nous font remonter toutes les mesures évoquées par les acteurs de terrain, qui permettraient des simplifications. Nous les instruisons et faisons évoluer le plan pour les intégrer. Mon souci permanent, c'est le pragmatisme et l'aide à l'exercice médical. La dématérialisation est cependant un mouvement naturel et inexorable, dans tous les champs d'activité des pays industrialisés.
Journaliste QDM (SL)
C'était la dernière question ! Agnès Buzyn, le mot de la fin ?
Agnès Buzyn
Bonsoir à tous, merci pour vos questions et d'avoir été présents. J'espère y avoir répondu avec clarté. Je vais rejoindre mes collègues pour un séminaire gouvernemental. Vous pouvez compter sur moi pour vous accompagner dans ce magnifique métier si exigeant.
Journaliste QDM (SL)
Merci à Agnès Buzyn d’avoir participé à ce live chat avec les lecteurs du « Quotidien ». Merci à tous de votre participation. Nous sommes désolés de n’avoir pas été en mesure de relayer toutes vos préoccupations et vos nombreuses questions… mais il aurait fallu prolonger ce chat de plusieurs heures pour y parvenir. On invitera de nouveau la ministre !

Rendez-vous au mois de novembre pour un nouveau live chat, avec un nouvel invité.

 


Source : lequotidiendumedecin.fr
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